Le projet 365 d’Elkana s’est arrêté …

Triste nouvelle aujourd’hui … Elkana a arrêté le projet 365, l’une des uniques choses assez exceptionnelles pour susciter ce mélange de sentiments aussi contradictoires que familiers que l’on appelle espoir, appréhension, fébrilité et sérénité …

Pour rappel, 365, c’est le projet ambitieux d’**Elkana Randrianaivo**, qui s’est décidé le premier janvier 2011 de construire, imaginer et mettre en place pour chaque jour de l’année « une photo, une idée, un tweet ».

Je vous l’avoue, j’ai découvert 365 comme je le fais habituellement, au gré de mes errances numériques et internetifères, par le plus grand des hasards … Plus que le patronyme (Randrianaivo, vita gasy) ce sont l’ingéniosité, l’imagination et la vision du monde de cet artiste qui m’ont bouleversé.

A travers des objets de la vie aussi usuels et quelconques qu’une tasse de café, des trombones ou de simples pailles, Elkana a su tout au long de ces 68 jours qu’a duré 365, projeter mon imagination que je savais stagnante, m’arracher un sourire, et habituer mes yeux à de nouvelles couleurs, de nouvelles compositions … Je voyais réellement mon appareil photo différemment, et c’est toujours le cas.

Ainsi donc, au fil des jours, 365 a mobilisé des gens, attiré des curiosités et des critiques, suscité de l’admiration, **on a commencé à en parler sur la toile** et je sais que vous aussi, qui découvrez ce travail d’exception aujourd’hui, ou qui apprennent que le projet est arrêté, saurez y trouver votre bonheur, vos couleurs, vos jours, vos idées, vos tweets …

Car 365 s’est arrêté aujourd’hui, après 69 jours, 7679 followers et autant d’images, d’attentes et d’émotions.

Voici quelques clichés glanés sur le projet que je vous partage en guise de conclusion. Merci Elkana.

Puisse ton prochain projet aboutir comme tu le souhaites réellement, car tu as un talent qui n’attends qu’à s’exprimer.


Mes deux, trois mots échangés avec le photographe Solofo Tinah …

Dans le monde la photographie à Madagascar, il y a d’abord les monstres sacrés. Les Maksim Seth et autres Pierrot Men. Il y a aussi les grosses pointures qui vont à l’international comme Laland, Mamy Mahenintiana ou Fidisoa Ramanahadray. Puis, il y a les jeunes loups, la relève. Ces photographes aussi discrets et aiguisés que leurs aînés, et qui promettent un bel avenir à la photographie made in Madagascar. Solofo Tinah est de ceux-là …

Comment tu te situerais aujourd’hui dans le monde de la photographie ?
J’ai commencé la photo en 2001, je prenais des photos de mes amis à l’université lors de fêtes ou de choses du genre. J’ai ensuite découvert les photos de Pierrot Men et sa maîtrise du noir et blanc. Je me suis posé la question de savoir pourquoi ses photos étaient si spéciales. C’est à partir de là que j’ai commencé à trouver le moyen de faire des photos plus porteuses de sens, plus esthétiques.
Les premiers clichés que j’ai pris en tant que professionnel datent des 2è jeux des îles. C’étaient des reportages, des couvertures de spectacles et de mariage etc. Je faisais partie de Tophos. Mon premier boîtier Réflex était un Nikon D70. Nous avons quitté Tophos pour créer Ymagoo avec Masy. Je suis parti d’Ymagoo pour créer l’agence Niouz que je gère aujourd’hui. Elle n’est pas tellement à but lucratif, c’est une association de photographes qui partagent leur passion …

Le plus remarquable dans tes œuvres, c’est la finesse du jeu des contrastes et de la lumière …
Je trouve que les images ont plus de présence quand elles sont prises avec le bon dosage. Surtout avec les photos en noir et blanc, j’aime jouer avec les contrastes entre les ombres et les lumières.
Pour cette exposition au CCAC, j’ai choisi comme sujet le nu artistique. Pour les malgaches, montrer des photos de nu est encore difficilement perceptible. J’ai essayé de sortir des sentiers battus et des thèmes classiques de la photographie d’art à Madagascar et le défi que j’ai essayé de relever était de faire parler les images à partir de là. C’était aussi un défi pour mes modèles, et je me devais de trouver ce qui doit être essentiel dans la démarche. Les deux clichés sont en noir et blanc. Cela m’a permis de mettre en valeur des nuances et des textures dans les corps, les parties à mettre en valeurs, les ombres …
Mes premières expos, regards fragiles au CGM et entre ciel et mer au Tahala Rarihasina, ont eu lieu en juillet 2010 durant le mois de la photo. J’y ai reçu le prix « exposition collective ».

Ton opinion sur le développement de la photographie à Madagascar ?
Tu sais, si on parle du développement des jeunes gars, même moi je suis encore en train de monter les échelons …
Il y a deux côtés : on sent que quelque part, la photographie à Madagascar n’est aujourd’hui qu’un effet de mode. Je parle du fait de posséder un boîtier Réflex et de prendre des clichés partout. Mais ce qui est bien, c’est que beaucoup plus de personnes peuvent s’exprimer à travers leur passion qu’est la photo, chacun fait des recherches et au fur et à mesure, on essaye de montrer ce qu’il y a de mieux pour rehausser la discipline.
Un dernier mot sur l’éternelle guerre Canon vs Nikon ?
Pour moi, c’est un problème qui ne se pose même pas ! Ce n’est pas l’appareil qui fait la photo, c’est le photographe. Ce n’est qu’un appareil qui sert à capturer de la lumière. Donc, un vrai photographe se doit d’être au-dessus de ces considérations, et même deux personnes qui utilisent le même boîtier ont des sensibilités différentes, qui se reflètent dans les photos qu’ils prennent.

Solofo Tinah participe à Perceptions Plurielles, exposition collective visible jusqu’au 29 janvier dans le hall du CCAC.
Il est joignable au +261 33 12 862 10, par mail à cowboymada-web@yahoo.fr et sur facebook : http://www.facebook.com/dolce.vita.dolce.vita
Visitez son site web : http://www.niouz.net/