Elle est malgache, elle aime papoter, elle aime manger, elle a fait des études, elle travaille… Bref, c’est une personne active normale. Au-delà de tout ceci, ou en parallèle, c’est une graphiste-peintre, c’est une performeuse, elle est plasticienne, elle est styliste et la liste est longue.
Et elle ne correspond pas du tout à la perception qu’a le commun des mortels sur les artistes, si le commun des mortels en a une. Je pense au gars vachement inspiré, genre tu comprends pas la moitié de ce qu’il te raconte, mais t’est là à gober tout ce qu’il te dit.
Elle a l’air d’une petite étudiante paumée, elle peint ses doigts de pied en noir, et si je la taquine tout le temps sur son âge, c’est qu’elle a vraiment l’air d’une petite gamine.
Pourtant, Anja besson Rasolondraibe a une espèce de particularité : t’as l’impression que ses portraits veulent papoter avec toi. L’intensité d’un regard, un mouvement inachevé, des traces de pas… tu commences à te demander des choses, tu veux savoir. Et c’est ce qui était bien avec l’exposition qu’elle avait montée. Ce besoin de te faire participer coûte que coûte à sa réalité. Résultat, la cinquantaine d’invités au vernissage a fait cinquante interprétations d’une toile en noir et blanc qui représentait une femme au regard de braise dont la tête était enveloppée dans une sorte d’anorak. J’ai entendu des « c’est une star de cinéma », « elle est peut-être déjà morte», « ce n’est pas une malgache »… et quand je lui ai demandé l’histoire de la toile, qu’elle a baptisé Antsirabe, j’avais compris que c’était une sorte d’allégorie du froid. Bof.
Ce qui m’a marqué, c’était le fait qu’elle était arrivée à susciter autant de réactions que de visiteurs. Et qu’en fait, chacun des visiteurs se représentait son propre délire à travers les toiles. Et comme cette fille est touche à tout, elle a même monté une installation où après avoir visité son expo, les gens pouvaient, s’ils le souhaitaient, écrire, dessiner, créer des choses et se mettre en scène. C’était une sorte de dialogue un peu en décalage, qui ravivait la part de créativité de chacun, genre « j’ai vu l’expo de cette artiste, mais tu sais moi aussi je suis un peu artiste » ou des blabla du même gabarit. Résultat, trois semaines après le vernissage, un groupe de lycéens encadrés par des professeurs de dessin qui ont fait des études à l’étranger et tout, ont monter exactement la même installation pour une exposition qu’ils ont organisé dans un des hauts lieux de la culture d’Antananarivo.
Je me suis dit c’est réellement un concours de circonstances ou cette fille fait déjà de l’effet à sa première expo à Madagascar ?
Il y a un dicton malgache qui dit « Ny soa fianatra », deux possibles interprétation (et pas traductions) seraient « les bonnes choses se partagent », ou « les choses utiles s’apprennent chez les autres ».
Au final, si elle se fait copier, c’est qu’elle doit bien avoir un certain talent. Ou un talent certain. Je l’ai découverte, je vous la partage.
Elle a son blog sur wordpress : najaatelier.wordpress.com

une photo de l'artiste
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